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Une personne qui travaille dans un organisme de surveillance de l'environnement et qui souhaite garder l'anonymat, interview de Julien (15/02/00).

 

 

Quel est votre travail par rapport à cette catastrophe naturelle?

J'ai des collègues qui travaillent sur cette catastrophe, mais pas moi. Ils font comme d'habitude, notre organisme  a des réseaux de surveillance du littoral pour étudier son état, ce travail est fait tout le temps,  lorsqu’il est constaté quelque chose d’inhabituel on fait les prélèvements et on les  envoie au laboratoire spécialisé pour les analyses du pétrole.

Est-ce que ce travail est difficile à assumer et pourquoi?

On est très choqué par ce qui vient de se passer car la mer est notre milieu habituel de travail et il est évident que quand on voit une telle catastrophe, tout le monde est choqué, c'est déjà la première difficulté, en plus on ne sait pas très bien quelle va être la suite, quelles vont être les conséquences de cette marée noire. Nous, nous faisons  notre travail habituel. On a déjà eu cela il y a longtemps avec la catastrophe de l'Amoco Cadiz en Bretagne Nord..

D’après vous, il faudra combien d'années pour que le littoral français redevienne comme avant?

Alors là il y a deux choses différentes. Habituellement quand il y a une énorme modification du milieu marin (cela peut être à la suite d'une pollution, de travaux : barrage sur un estuaire, etc.), on compte qu'à partir du moment où la modification du milieu a cessé d'évoluer, l'accident est terminé. Aujourd’hui vous avez eu 11000 tonnes de pétrole déversées en mer, si on n'en rajoute pas d'autres, ces 11000 tonnes étant sur le littoral, on entre dans le temps qui s'écoule après l'accident. Mais cela ne veut pas dire que le pétrole a disparu, il peut être sous le sable, sous la vase. On se demande  si au bout de 10 ans on va retrouver les populations d'oiseaux qu'il y avait avant. Alors, la deuxième chose que je voulais vous dire c'est que quand il y a une marée noire, il y a quelque chose de particulier  c'est qu’en  fait cette marée noire est toujours la première. Je veux dire que toute les marées noires qu'il y a eues  sont différentes : ce n’est pas le même pétrole, ce ne sont  pas les mêmes conditions atmosphériques, ce n’est pas le même vent, ce ne sont  pas les mêmes marées, ce ne sont  pas les mêmes températures, etc.  et ce n’est pas le même endroit, une fois en Bretagne Nord, une autre  en Bretagne Sud, au Canada,  etc. Il y a eu des tas d'accidents et ce n'est jamais deux fois le même accident, on a beaucoup de mal à partir d’expériences connues.

Faites-vous appel à des professionnels du nettoyage?

Non, on ne s’occupe pas du tout de cela, nous sommes un organisme scientifique, le nettoyage c'est l'affaire des communes,  la marine nationale y apporte son concours, nous  ne  nous occupons pas du tout de nettoyer.

Que va devenir le pétrole ramassé sur les plages ?

J'aimerais bien le savoir car on s'est retrouvé avec le naufrage de l'Erika avec beaucoup de pétrole, onze ou douze mille tonnes de pétrole à la dérive. Mais quand on le ramasse, on le ramasse avec du sable, on le ramasse avec des oiseaux morts, on le ramasse avec un tas de choses et en plus il est mélangé avec de l'eau, ce qui en fait une espèce d'émulsion, au lieu de onze mille tonnes, on en a plus de cent mille !  Ce n'est pas que du pétrole mais il est mélangé avec tellement de choses qu'on ne peut pas séparer.  Ce n'est pas de la place pour onze mille tonnes qu'il faut mais pour cent mille. Et quand on a voulu mettre le pétrole de l'Erika dans de gros réservoirs de stockage, on s'est aperçu que ces réservoirs étaient encore occupés par le pétrole de l'Amoco Cadiz en 1978. Cela veut dire qu'il y a 22 ans que ce pétrole est là et nous nous  "réveillons" seulement aujourd’hui, au moment du naufrage de l'Erika.